« Freelance : Pourquoi pas moi ? » – 2/3 : le Chemin vers l’Indépendance

Bonjour à tous,

Aujourd’hui nous aller rester dans la continuité de la série entamée la semaine dernière, (justement) nommée « Freelance : Pourquoi pas moi ? »
Il s’agit d’une série de trois épisodes disponibles aux liens suivants :
« Freelance : Pourquoi pas moi ? » – 1/3 : les Prérequis
« Freelance : Pourquoi pas moi ? » – 2/3 : le Chemin vers l’Indépendance
« Freelance : Pourquoi pas moi ? » – 3/3 : le Montage

Tout d’abord, je souhaitais vous remercier de vos messages, et surtout de l’affluence incroyable de cette semaine, puisqu’avec mon premier billet non technique sur les Prérequis pour devenir freelance, j’ai multiplié par 10 le nombre de visiteurs habituels du blog.

Nous avions vu la semaine dernière quels étaient les pré-requis pour devenir freelance, l’épisode de cette semaine, comme promis, traitera du chemin vers l’indépendance.
C’est une expression un peu pompeuse pour désigner l’étape fondatrice de la vie de freelance : celle qui engage un processus vous emmenant vers l’autonomie, le risque et la fortune (pas au sens financier du terme hein, quoique ;-)).

Une fois de plus, je précise que je parlerai ici de mon expérience personnelle, que je ne prétends pas énoncer une vérité absolue même si j’essayerai de dégager des points pouvant être communs à un certain nombre de personne qui font ou feront ce choix de l’indépendance.

L’acte destructeur
Sans faire de psychologie approximative, il y a souvent un acte destructeur au début de la démarche pour devenir freelance : un départ. Sous forme de démission, de licenciement ou de rupture conventionnelle, que l’on ai pris sa décision de devenir freelance avant ou après son préavis, ce départ est l’élément déclencheur. Il initie une sorte de deuil : celui de sa vie de salarié.

Le système de salarié-patron est celui auquel nous sommes habitués. Nous le vivons généralement depuis plusieurs années. C’est un modèle dont il faut se séparer. C’est, à mon sens, ce qu’il se passe lorsqu’on décide de partir pour devenir freelance.

Ce n’est pas tant le fait de laisser son entreprise et son équipe qui pose problème, mais aussi de laisser derrière sois une partie de sa vie ; régie par une sécurité de l’emploi relativement élevée, l’accès au crédit (nous y reviendrons dans le troisième sujet), un salaire régulier, et la vie dans une certaine « normalité ».
Car socialement, on ne vous considèrera plus vraiment de la même manière dès lors que vous aurez fait le choix de devenir freelance.

C’est donc de tout ça qu’il faut faire le deuil : sa boite, ses collègues, une partie de son mode de vie, et du statut social le plus répandu. Et l’acte fondateur de ce deuil, c’est votre départ.

Pour faire une petite transgression au sujet de « quitter son mode de vie salarié », on m’a souvent dit que devenir freelance, c’est « cool car on n’a plus de patron ». Je ne suis pas vraiment d’accord. Vous avez autant de patron que vous avez de clients ; et dans nos métiers, c’est particulièrement vrai, puisque nous réalisons des missions chez nos clients, et que nous devons donc nous plier à leurs horaires, leurs lieux de travail, leurs règles.
Bref, en tant que  salarié, vous aviez deux patrons : votre client et votre patron, en freelance, vous n’avez plus qu’un patron : votre client. Et c’est toujours ça de pris !

La décision
Pour ma part, je ne m’imaginais pas me mettre à mon compte lorsque j’ai présenté ma démission. J’avais même signé un CDI chez un autre employeur !

Mais il y un facteur déclenchant : l’entourage. Si vous n’êtes pas sur, ou que l’idée vous a traversé l’esprit mais sans vraiment creuser l’idée de vous mettre à votre compte, votre entourage sent que vous êtes prêts pour l’indépendance ; et vous le fait sentir.
Il faut donc être à l’écoute de son entourage dans ces périodes instables.

Pour ma part, ma femme, mon patron et un couple d’amis qui travaillent en indépendants depuis longtemps sur SharePoint m’ont fortement conseillés d’envisager cette possibilité. J’ai pris la décision ferme et définitive de devenir freelance dès que j’ai pu m’assurer que j’aurai suffisamment clients, et que j’avais l’envie structurelle de me lancer.

De ces deux critères découlaient tous les autres prérequis : si j’avais des clients, c’est que j’avais du réseau. Si j’avais l’envie de prendre le risque, c’est que mon entourage me soutenait.

Pour l’argent nécessaire à assumer cette décision, j’ai fait ce qu’il fallait pour réunir de quoi tenir deux mois et demi ; et la décision était complètement prise.

La reconstruction
Surement l’étape la plus passionnante : c’est là que vous allez définir quel sera votre nouveau mode de vie et de travail.

Cette étape n’est pas moins anxiogène que les autres, mais elle vous transforme durablement, selon des critères que vous allez choisir.
La première chose, c’est que vous allez commencer à annoncer à vos proches et à vos relations professionnelles que vous vous lancez à votre compte. L’image « sociale » que vous renvoyez va donc radicalement changer. Certain qualifieront ce choix de mauvais, d’autres penseront que c’est un « délire passager » et la majorité suivra avec intérêt votre transformation.

En parallèle, le fait d’annoncer cette nouvelle va verrouiller complètement votre choix. A cette période, je ne me voyais pas changer d’avis. Le regard des autres aurait été difficile à supporter en cas de revirement, et c’est heureux, car c’est un moteur pour avancer vers l’indépendance.

Gardez aussi à l’esprit qu’en tant que consultant SharePoint avec un peu de séniorité, vous gagnez entre 40k € et 60k € / an. Vous faites donc partie du tiers des français qui gagne le mieux leur vie. Les gens trouveront étrange que vous souhaitiez risquer votre « bon poste »… Préparez votre discours, soyez prêt à justifier vos choix, notamment auprès de votre famille, prenez le comme un plan de conduite du changement.

Durant cette période vient ensuite le choix du statut, de votre optimisation fiscale, vos premières propositions commerciales, la mise en place des outils qui vous permettront d’assurer la gestion de votre structure et surtout le choix de vos partenaires (banque, expert comptable, assureur, …) … Vous n’en dormirez plus et tout le monde vous trouvera crevé ! Ce n’est pas grave !

Je reviendrai en détail sur le choix du statut et de l’optimisation fiscale dans le troisième post de cette série ; mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au moment de votre reconstruction, vous êtes seul.

Personne ne vous aidera à choisir la meilleure option. Votre expert comptable pourra éventuellement valider un choix de statut juridique ou un montage, mais à part vous conseiller un « pack tout fait », personne ne vous dira ce qui est le mieux pour vous, tout simplement parce que ce « mieux » diffère selon les personnes et les situations.
Pour la première fois, vous serez seul.

Et vous devrez bien avoir à l’esprit que c’est à vous qu’il appartient de choisir les modalités de votre accession à l’indépendance. Vouloir sous-traiter ces choix, c’est un peu sous-traiter la construction son âme de freelance : ça coûte cher, et ce n’est pas un bon deal à long terme.

J’ai passé des week-end entiers sur Internet à évaluer toutes les possibilités, en terme de statut, de choix de banque, d’optimisation fiscale, d’outils de gestion, de façon de gérer les clients, de façon de faire mon travail, de fixation de mes TJM … Et cette étape fut une montée en compétence aussi passionnante que celle que j’avais vécu lorsque j’ai commencé à travailler sur SharePoint. Cette étape est formatrice, elle est essentielle, car elle re-définit la façon dont vous allez vivre, tant professionnellement, que personnellement.

Les tentations

Ce point est surement lié au fait que je travaille sur SharePoint et Azure, et que la pénurie de main d’œuvre fait rage dans nos SSII européennes.

Sans faire un exposé complet de l’état du marché des compétences SharePoint, voici un petit résumé :
– Tout le monde s’équipe avec du SharePoint/Office 365, et maintenant avec de l’Azure
– Il n’y a pas vraiment d’école qui forme sur ces technologies
– Il faut au minimum deux ans pour former un consultant SharePoint solide
– Les Suisses francophones sont aussi fortement équipés, et puisent dans la réserve de main d’œuvre française de top niveau, grâce à des niveaux de salaires astronomiques et un cadre de vie qui peut être, pour certain, plus sympa que celui de la région parisienne (montagne vs. périph, on comprend que la question se pose).

De fait, il y a une pénurie, qui fait que dès qu’un consultant est sur le marché, une multitude d’acteurs va se mettre à lui proposer des postes « mieux que mieux », des salaires « plus haut que haut », des clients « plus géniaux que géniaux », …
Et un freelance en devenir est une excellente cible, puisqu’il est démissionnaire et qu’il n’a pas signé de contrat de travail pour une autre société.

Les recruteurs des grosses SSII, les chasseurs de tête, les patrons de boites plus petites, …Tout ce petit monde va vous proposer de laver plus blanc que blanc, dès qu’ils connaitront votre situation.

C’est très agréable les trois premiers jours, ça flatte l’égo, et devient très vite fatiguant, surtout lorsque vous voulez faire avancer votre projet freelance.
Cela dit, si vous résistez aux propositions de meilleurs postes du monde, dans la meilleure SSII du monde, avec les meilleurs clients du monde, et les meilleurs projets de l’univers. Profitez de ces démarchages pour aller rencontrer ces gens.

Voici les avantages qui en découleront :
– Vous améliorerez votre connaissance du marché, et donc de vos collègues et concurrents.
– Vous pourrez nouer des contacts, avec des gens qui sont aussi chargés de trouver des freelance pour certaines de leurs missions.
– Cela vous permettra de tester votre détermination à devenir freelance.
– Vous pourrez parfaire votre capacité à vous présenter et à parler de vous. Ce sera très utile pour la partie « avant-vente » de votre futur métier de freelance.
– Les tests ou entretiens techniques vous permettront de vous remettre en question, et de vous situer.

A ce dernier sujet, je me souviens avoir passé un entretien technique catastrophique pour une SSII parisienne à cette période. Le responsable technique qui me faisait passer l’entretien était bien meilleur que moi ; et très franchement, je me suis ridiculisé en ne répondant qu’à 20% de ses questions.

J’ai donc ravalé ma fierté, pris en note tous les points sur lesquels je pêchais et j’ai pu les travailler tranquillement une fois l’entretien terminé. Cela m’a permis d’améliorer mes connaissances de SharePoint, sur des points que je n’avais jamais eu à aborder.

Les entretiens d’embauche, c’est une sorte d’évaluation gratuite, qui permet également de trouver des clients et de faire une analyse concurrentielle du marché, au coeur de vos concurrents !

Enfin, ma femme me trouve complètement fou sur ce point, mais j’aime bien aller faire des entretiens d’embauche de temps en temps. Ça permet de discuter avec d’autres personnes que mon cadre de connaissances habituelles, de voir ce qui se fait ailleurs, … Et c’est toujours agréable d’échanger avec des gens qui s’intéressent à vous. Non ?

Le premier mois
Une fois que vous vous êtes auto détruit, reconstruit et que vous avez échappé aux tentations, vous êtes prêts pour vous lancer. Généralement à la fin de votre préavis (si vous êtes démissionnaire). Et très franchement, vous ne verrez pas beaucoup de différence avec votre vie de consultant d’avant. Parce que vos clients restent des clients, et que SharePoint reste SharePoint, Azure reste Azure…

La fin du premier mois d’activité correspond, à mon sens, à la fin de votre cheminement vers l’indépendance. Vous établirez votre première facture, ferez votre première déclaration de TVA, vous payerez (ou pas) un salaire, … Et à la fin du mois suivant, vous subirez votre premier retard de paiement…

Comme je l’ai précédemment indiqué, j’ai fait un (bref) passage à l’armée. Et franchement, devenir militaire, c’est comme devenir freelance : vous décidez de changer de mode de vie, et de façon de travailler. Socialement, tout le monde aura un avis sur votre choix, et chacun fera évoluer l’image qu’il a de vous en conséquence.

Ce « chemin vers l’indépendance », c’est un peu comme les classes à l’armée. Vous êtes isolé, vous montez en compétence sur un vaste champ de sujets jusqu’alors inconnu. Vous êtes stressés. Et la récompense si vous arrivez au bout, c’est que vous pouvez re-commencer à vivre « normalement » ; mais avec la satisfaction d’avoir tenu l’engagement pris avec vous-même.

C’est ce que je n’ai pas réussi à faire à l’armée, car je suis parti pendant mes classes, mais c’est ce que j’ai fait avec Cloud’s Natives, et j’en suis très heureux.

Il y a une différence avec l’armée, c’est que là bas, on vous montre quelle est le bon chemin, et que pour devenir freelance, c’est à vous de le trouver. Egalement, notez que durant cette phase de construction, vous devez continuer à exercer votre travail, et donc savoir allier les deux.

A la semaine prochaine pour le dernier post de cette série. Celui-ci sera beaucoup plus technique car il sera consacré au choix de statut juridique, à la fiscalité, à l’assurance sociale et montrera que Xavier Niel avait raison : la France est un paradis fiscal.

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